Si vous êtes originaire de Bretagne et plus particulièrement des Côtes-d’Armor, Finistère ou Morbihan, vous avez déjà vu ou joué à ce jeu ancestral. Ne différant pas profondément des autres jeux de boules européens, le jeu de boules est attesté en Bretagne dès le Moyen âge.

Se jouant d’abord en campagne, dans les chemins creux, dans les cours de ferme, ou au bord des côtes, sur les dunes, il évolua au cours du 19ème et 20ème siècle, avec l’exode rural et les moyens de communication qui permirent à la boule bretonne de s’implanter dans les villes. Pour fidéliser leur clientèle, les cafés mirent en place des allées sablées de 16 à 18 m de longueur, délimitées par des planches, puis les recouvrirent.

Comme dans le sud avec la pétanque, les bretons se retrouvaient le soir après la journée de travail pour une partie. Avec des boules de bois, en frêne, chêne, orne, hêtre ou buis fabriquées par des sabotiers au départ, la mondialisation transforma les boules en synthétique de fabrication italienne.

Les règles de ce jeu traditionnel sont assez simples : comme tous les jeux de boules, l’objectif et de se rapprocher au plus près du cochonnet, « le maître »  chez les boulistes bretons. D’un un contre un, « pen eus pen », à un quatre contre quatre « quadrettes », les parties se jouent en 12 points avec la plupart du temps deux boules par participant. Particularité des boules bretonnes, les engins se jouent sur main (la paume de la main face au ciel). Ainsi, la majorité font rouler la boule jouant avec les effets et les bords de l’allée. Les cracks se permettent de « poquer », enlever la boule adverse sans toucher le sol ou alors la « demi-poquer » avec un rebond. Se jouant de la pointe du Raz à Laval, les règles diffèrent peu selon les cantons.

 » Dans le temps je poquais ! maintenant le bras reste bloqué »

Ayant pour fief les Côtes-d’Armor et le Finistère, les plus habiles du CPB Boules bretonnes sont originaires de Plouaret ou Pouldrezic. Composé de 29 adhérents, le groupe regarde d’un œil nostalgique son passé sportif. Créé après guerre, au milieu des années 50, le club est aujourd’hui le seul lieu à Rennes où l’on peut encore pratiquer la boule bretonne. Anciennement situé à l’extérieur, deux allées ont été installées à l’intérieur de la section du CPB Rapatel, il y a 15 ans, permettant une pratique régulière toute l’année. Les locaux sont ouverts tous les jours de 15h à 19h, une vingtaine de joueurs se retrouve pour quelques parties avec un pic d’affluence le mardi et jeudi.

Les dizaines de coupes surplombant la salle laissent paraître qu’il n’y a pas si longtemps, l’association rassemblait jusqu’à 80 adhérents. Malheureusement, le non renouvellement des joueurs a fait chuter l’affluence.

Pour y remédier, les boulistes ouvrent la salle aux jeunes et moins jeunes. Ainsi, ils accueillent les écoles primaires des alentours pour des initiations ou présentent leur sport et la culture bretonne aux groupes de collégiens étrangers en visite au collège du Landry. Le club attend du sang neuf pour revenir aux compétitions : la boule bretonne est l’un des sports où l’accès aux championnats du monde est le plus facile ! Pour faciliter cette ouverture, les nouveaux pratiquants ont quinze jours / un mois d’essai pour découvrir le jeu de boules et l’ambiance. Les allées étant au coeur du foyer, les boulistes attendent aussi les autres groupes de la section Rapatel pour que ce lieu remplisse enfin son rôle.

« La boule bretonne est un sport où l’on prend plus de plaisir qu’à la pétanque grâce aux jeux d’effets » dixit les spécialistes. On retrouve, au boulodrome de Rapatel, l’ambiance chaleureuse bien spécifique et unique du Cercle Paul Bert : on pourra vous y conter les coups mémorables de certains mais aussi les ambiances de match de basket ou football contre la TA.

 

Y-E Froger