Depuis le 20 janvier et jusqu’au 12 avril, l’exposition « Rennes en Fêtes » à  l’Opéra de Rennes revient sur les manifestations populaires qui jalonnaient la vie rennaise depuis l’ancien régime.

Une partie de l’exposition est consacrée à un événement marquant du XXe siècle : la fête de la jeunesse organisée par la ville de Rennes et le Cercle Paul Bert.

Apparue sous le Directoire en 1797, la fête de la jeunesse était à l’époque un rite de passage de l’enfance au rang de citoyen ainsi qu’une occasion de défiler pour montrer la force du tout jeune régime démocratique.

Disparue pendant le XIXe siècle, elle réapparait dans les années 1880 sous le modèle des fêtes scolaires suisses et allemandes dans toute la France avec l’impulsion des républicains français comme Jean Macé ou Paul Bert. Elle a alors pour but de solenniser l’attachement de l’enfant à la République et à l’initier à la solidarité civique.

A la fin de la première guerre mondiale, pour rapprocher l’Église et la République, en froid après la loi de 1905, l’État crée la fête de Jeanne d’Arc célébrée le 8 mai.

Vue d’un mauvais œil par les associations laïques, ces dernières remettent au goût du jour la fête de la jeunesse des écoles publiques. Avec le soutien de la ville de Rennes, le Cercle Paul Bert en devient l’organisateur.

 

La fête de la jeunesse se déroulait sur plusieurs jours lors de la semaine de l’Ascension avec des défilés, des compétitions sportives, représentations théâtrales, concerts … sous les yeux des hautes autorités de l’État.

Le point d’orgue était le jour de l’ascension avec le grand défilé dans les rue de Rennes et la cérémonie au vélodrome, lieu profondément attaché à cette fête laïque.

Partant de la place Hoche, puis de la rue d’Echange pour les garçons et de la place du vieux Saint-Etienne pour les filles, tous les écoliers parés de l’uniforme blanc de « gymnaste » avec pour seul signe de distinction l’écusson de leur école sur le torse se rendaient ensuite place de la mairie, accompagnés par la musique militaire de la garnison, de l’harmonie municipale ou encore de la fanfare de l’école normale des instituteurs.

 

 » plus de 5000 jeunes étaient en représentation sur la pelouse « 

 

Après la cérémonie républicaine sur la place de la mairie, les milliers de participants et spectateurs se dirigeaient vers le vélodrome de Rennes où un drapeau aux couleurs du Cercle Paul Bert (vert « couleur de l’espérance » et violet « couleur de l’école primaire » surplombait le stade.

C’était alors parti pour plusieurs heures de démonstrations sportives simultanées et de mouvements de gymnastique dont le fameux Lendit (3500 enfants du primaire) et la Légende des Pingouins (3700 enfants de la maternelle).

A la fin de ce grand spectacle, les licenciés du Cercle Paul Bert se retrouvaient pour le bal à la section Centre rue de Paris.

 

Durant 75 éditions, la fête de la jeunesse était l’événement de l’année pour les écoliers des écoles publiques et leurs familles. Célébration de la République et de l’école, elle était le contre poids des fêtes patronales très importantes en Bretagne.

De plus, qui dit très grand événement dit personnages charismatiques, successivement Édouard Bougouin, Félix Masson et Jean-Pierre Bigrel qui ont été nommés à la tête de l’organisation de la fête. Véritable chefs d’orchestre de ces journées, ils allaient d’école en école avec leurs équipes pour les répétitions des mouvements.

 

Avec l’évolution de la société et des mentalités, la fête fut de plus en plus contestée à partir des années 1990 par les parents et les enseignants qui adhérèrent de moins en moins à ce modèle ressemblant parfois à un défilé militaire. La dernière édition de la Fête de la jeunesse, en 2004, fut un tournant : pour la première et dernière fois, les enfants n’étaient plus de réels acteurs mais des spectateurs, perdant ainsi toute ce qui faisait la particularité de l’événement…

 

Y-E Froger

 

Source : Le Cercle Paul Bert de Rennes 1909-2009 , Gilbert Nicolas